J’ouvre les yeux, et j’aperçois une fine silhouette
devant moi, au seuil de la porte, simplement éclairée par les douces lueurs de
la lune. Elle s’avance vers moi, docilement. Et à mesure que cette étrange
personne s’approche, je perçois un peu plus de parcelles de son corps. Je
découvre des cheveux d’un blond presque blanc puis tout à coup…
BZZZZZ …BZZZZ…BZZZZ… !
Il est 7 :15. Mon réveil sonne, m’arrachant à ce
mystérieux rêve, qui me hante depuis le jour où j’ai décroché un job de
détective privé. C’est sûrement dû au fait que ce métier expose ceux qui
l’exercent à de graves dangers. Mais
j’ai déjà passé pas mal d’années pour décider de la profession que je veux, et
mon choix est pris depuis longtemps. Pas moyen de reculer.
J’ai réussi à avoir mon bureau de détective privée et
j’ai pas mal de clients. Cependant, je dois dire que leurs requêtes sont
devenues de moins en moins intéressantes : Des jeunes filles cherchant à
savoir si leurs copains les trompent, des mères demandant si leurs enfants vont
bien à l’école, de vieilles dames perdant leurs clés dans tel ou tel quartier
–Oui, oui, je ne plaisante pas-…
J’aurais tellement préféré être détective pendant les
années 1997-1998. J’étais, hélas !, encore jeune et tenais à terminer mes
études. De plus, une détective âgée de 15 ans ne serait vraiment pas bien vue
par la communauté anglaise.
Pendant ces deux longues années, les disparitions et
les meurtres se faisaient de plus en plus fréquents. De nature très curieuse
–d’où mon choix pour le métier de détective-, je feuilletais avec mon père les
journaux chaque matin, et constatais avec effroi qu’une famille –au moins-
était assassinée par semaine. Bizarrement. Mais vraiment.
Le ministère n’informait jamais les lecteurs de la
raison du meurtre, et ne révélait jamais l’identité du meurtrier. Et dans les
cas –minablement- expliqués, ils se contentaient de dire que c’était simplement
dû à l’explosion d’une bouteille de gaz (une mort par asphyxie) ou d’un fort
circuit…Etc.
Mon père disait, quand à lui, que le ministère
connaissait parfaitement l’origine des catastrophes et que –pour une raison qui
nous échappait en tant que citoyens-, il faisait du mieux qu’il pouvait pour ne
pas attirer l’attention sur leur ineptie de dominer la situation.
Je suis cependant vite arrachée à mes pensées par mon
réveil qui continue à brailler comme un malade, et je frappe ce dernier si
violemment qu’il manque de peu de tomber de ma table de chevet. Ca m’agace, les
réveils. Enormément.
Je chausse mes pantoufles, m’attache les cheveux
rapidement en chignon flou puis je file sous la douche.
Dix minutes après, je suis dans la cuisine, déjà
habillée. Puisqu’on est en mai, j’ai opté pour une robe couleur lilas clair
pour mettre en valeur mes longs cheveux ébène, assortie à un petit sac de la
même couleur, et à des ballerines décontractées noires.
Je me prépare un bon petit déjeuner : chocolat
chaud, toast, et pomme rouge. Je déguste mon humble repas –pas un truc de
festin, quoi !- puis je m’attarde sur le chocolat chaud, que je sirote à
mesure que je lis le journal du jour. Rien d’intéressant. Toujours la même
routine : résultats des derniers matchs de la saison, petites annonces
d’emploi, de vente ou autre, petits potins futiles sur telle ou telle
célébrité…
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